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                                Honoré de Balzac

Balzac, Honoré de, (1799-1850), romancier français, auteur d’un gigantesque ensemble intitulé la Comédie humaine, qui a révolutionné les ambitions, les formes et le statut même de l’écriture romanesque.

 Né à Tours (Indre-et-Loire), Honoré de Balzac est issu d’une famille typique de la nouvelle bourgeoisie qui se dégage, sous la Révolution, de ses origines paysannes : son père est directeur des vivres de la 22e division militaire à Tours au moment de sa naissance. Deux sœurs et un frère voient le jour après lui : Laure, en 1800, la future Mme Surville, avec qui il entretiendra toujours des rapports privilégiés, puis Laurence en 1802 et Henri en 1807. Cette même année, Balzac est placé comme pensionnaire au collège de Vendôme : une expérience traumatisante de l’abandon et de la solitude, dont il ne cessera de répercuter l’écho dans la fiction (voir le Lys dans la vallée), blessure du manque d’amour d’autant plus cruelle qu’elle contraste dans ses sensations d’enfant avec l’inoubliable, presque mythique sensualité, généreuse et épanouie, de la Touraine. En 1814, la famille Balzac quitte Tours et s’installe à Paris, à point nommé pour ne pas manquer la Restauration commençante.

L’ambition de sa mère étant d’en faire un notaire, Balzac entre à la fin de ses études de lycéen comme petit-clerc chez l’avoué Guyonnet-Merville, un juriste cultivé dont le personnage et l’étude serviront de modèles pour le Derville du Colonel Chabert et de bien d’autres romans. Dès 1819, Balzac renonce cependant au droit et à la carrière toute tracée qui s’offre à lui. Il déclare à ses parents qu’il veut devenir écrivain. Avec leur accord, il s’installe pour deux ans dans un petit appartement de la rue Lesdiguières (quartier de l’Arsenal), subventionné à hauteur de 1 500 francs annuels (entre 30 000 et 40 000 francs d’aujourd’hui).

Comme d’autres à cette époque, c’est dans le théâtre et à propos de la « Révolution » anglaise du xviie siècle que Balzac fait sa première tentative : son Cromwell de 1820, jugé unanimement désastreux, le détourne vers la « littérature marchande », mais la scène dramatique restera pour toujours un modèle dont le roman aura la tâche d’inventer un équivalent en concentration et énergie.

Sous des pseudonymes divers (Lord R’Hoone, Horace de Saint-Aubin), et souvent en collaboration, Balzac s’essaye dans diverses directions : le roman philosophique ou sentimental ou historique ou gothique, guidé dans ces premiers pas par l’attention de la Dilecta, Mme de Berny. Il a l’intuition du développement économique du marché du livre, mais son entreprise d’éditeur-imprimeur, créée en 1825, le laisse en 1829 avec une énorme dette de 60 000 francs (environ 1,5 million), faisant pour toujours de lui un homme hanté par les échéances, un écrivain aux pièces et un visionnaire des réalités implacables de la société nouvelle.

Recruté dans l’équipe de rédacteurs du grand patron de presse Émile de Girardin, le dandy aux élégances dispendieuses se fait « marchand d’idées », multipliant les chroniques, « physiologies » ou « traités », qui soulagent momentanément son inépuisable dette et lui sont autant d’occasions de raids éclairs dans le privé des vies contemporaines où la verve critique de ses engagements antilibéraux s’exerce et s’aiguise. La Physiologie du mariage (1826) donne la plus nette idée de l’ironie paradoxale et du discours scandaleux du jeune Balzac, se saisissant de l’institution et du sacrement du mariage pour fustiger les contradictions des pouvoirs modernes et les atteintes au vivant qu’ils commettent impunément autant qu’inconsciemment. La Femme de trente ans, un peu plus tard (1830-1832, 1842 en volume), saura donner à ces hypothèses sur la féminité massacrée une fable capable de lui acquérir pour longtemps les faveurs du lectorat féminin.

En attendant, Balzac vient tout juste de naître littérairement (en signant en 1829 de son nom le Dernier Chouan). La Révolution escamotée de juillet 1830 fait de lui, comme beaucoup d’autres, une intelligence sans place fixe, autant dire un « électron libre », qui se sert d’un légitimisme expressément anachronique et radical pour une investigation sans concessions de l’actualité : désespoir (la Peau de chagrin, 1831) et sarcasme (la série des Contes drolatiques, 1832-1837) se partagent à cette date le territoire d’une véritable mélancolie de guerre.

 Dans cette « désœuvrance » historique, la survie s’appellera œuvre. Et Balzac se mue à cette date en une prodigieuse machine à écrire. Il mène une vie à éclipses, faite de disparitions et d’apparitions, caché la plupart du temps dans des cellules, comme celle de Chaillot, dont le font sortir des projets aussi mirifiques que désastreux, qui vont de la culture des ananas en pleine capitale à la reprise d’une revue célèbre comme la Chronique de Paris (1836). Une « hygiène littéraire » implacable et épuisante règle une vie tout entière dévolue à l’écriture : dix-huit heures par jour, multipliant les scénarios, refaisant sans cesse sa copie, Balzac tisse en peu d’années, à coups de chefs-d’œuvre, son espace romanesque comme une énorme masse exubérante et mouvante.

Cette vie est une passion, au sens le plus absolu du terme, qu’oriente — et libère aussi — le seul événement véritable qui marque l’intimité balzacienne : sa rencontre avec « l’Étrangère ». La comtesse Eve Hanska, une femme mariée issue d’une illustre et riche famille polonaise, a d’abord été une mystérieuse correspondante entrée en relation avec lui au temps d’Eugénie Grandet (1833). Après de longs échanges épistolaires, leur rencontre à Neufchâtel en septembre 1833, leur liaison à Genève en janvier 1834, leurs retrouvailles à Vienne en 1835 jalonnent une singulière histoire sentimentale, où le « besoin d’amour qui n’a[vait] jamais été satisfait » de Balzac s’épanouit, mais dans la distance et l’obstacle qui permettent au « moujik » éperdu de poursuivre sa passion d’écrivain. La correspondance des deux amants, vrai journal de la création balzacienne, fournit du coup au lecteur d’incomparables renseignements sur la genèse et l’élaboration de la Comédie humaine.

Au tournant de 1830, Balzac a trouvé la nouvelle formule romanesque, celle du roman de mœurs contemporaines, capable de fondre et de transcender les acquis techniques ou stylistiques de ses essais de jeunesse. Sous le titre de « Scènes de la vie privée », il réunit des ensembles de textes, reposant sur des drames secrets dont les causes sont dans l’opposition des caractères et des intérêts et dont les batailles sont des procès, parmi lesquels on retiendra Gobseck et Une double famille (1830) et le Colonel Chabert et le Curé de Tours (1832). Déjà se laisse percevoir une logique d’expansion romanesque, où les textes s’appellent entre eux, se mettent en série, réagissent les uns sur les autres : c’est ainsi que Ferragus (1833) fait signe à la Duchesse de Langeais (1834), les deux ensemble configurant une Histoire des Treizela Fille aux yeux d’or (1835) va s’inscrire.

C’est en 1833 que l’illumination vient à Balzac ; scène légendaire où il fait irruption chez sa sœur, Laure de Surville, et s’écrie : « Salue-moi, car je suis tout bonnement en train de devenir un génie. » Il vient d’entrevoir le développement d’une œuvre colossale dont le principe serait le retour des personnages d’un roman à l’autre. Mis en application à propos du Père Goriot (1835), où Balzac reprend comme personnage principal le jeune arriviste Eugène de Rastignac, déjà entrevu par le lecteur — mais plus âgé et parvenu — dans la Peau de chagrin, le procédé permet de former d’un roman à l'autre, par l’effet des réapparitions épisodiques des personnages, un vaste réseau d’intrigues, de passions, de destinées dans lequel le romancier enveloppe la société entière de son temps. Porteur d’un puissant effet de réel, puisque la vie de chaque figure devient une totalité organique sans cesse en mouvement, et que la vue de chaque lecteur sur ces totalités et sur leur somme, à la fois empêchée et activée, demeure, « comme dans la vie », partielle et aléatoire en même temps qu’acharnée à toujours plus d’intelligibilité, le retour des personnages signifie pour le créateur un changement d’échelle de sa création : chaque roman compte désormais moins que les connexions qu’il établit, au sein d’une production réticulaire qui profite de chaque creux subsistant dans son espace fictionnel pour multiplier les opportunités de nœuds nouveaux.

Félix Davin, qui commente en 1834 les Études de mœurs au xixe siècle réunissant une douzaine de romans de Balzac déjà parus, trouve ces mots remarquables : « Un grand pas a été fait dernièrement. En voyant réapparaître dans le Père Goriot quelques-uns des personnages déjà créés, le public a compris l’une des plus hardies intentions de l’auteur, celle de donner la vie et le mouvement à tout un monde fictif dont les personnages subsisteront peut-être, alors que la plus grande partie des modèles seront morts et oubliés. » Dans l’ensemble de la Comédie humaine, sur les 2 504 personnages ou groupes de personnages fictifs, 86 figurent cinq fois, et 18 entrent en scène plus de quinze fois. Au classement des réapparitions, on note Bianchon, le médecin dont la légende veut que Balzac au moment de son agonie l’ait appelé, et le baron de Nucingen, à l’accent inoubliable. Entre 1834 et 1840, vingt romans viennent à publication, autant de chefs-d’œuvre : le Lys dans la vallée (1836), Illusions perdues (1837-1839 : les deux premières parties), César Birotteau (1837), le Cabinet des antiques (1839), Béatrix (qui met en scène une femme de lettres inspirée de George Sand, Camille Maupin, 1839), Une fille d’Ève (1839), etc.

Le second coup de génie balzacien date de 1841, lorsqu’il signe le 2 octobre un contrat pour la publication de son œuvre avec les éditeurs Furne, Dubochet, Hetzel et Paulin — contrat qui inclut les œuvres déjà parues et couvre celles à venir —, par lequel Balzac est assuré de 50 centimes par exemplaire pour les volumes publiés, et de 3 000 francs par titre inédit, du moins en librairie (ce qui permettait de saisir les parutions en feuilleton dans la presse). Le titre la Comédie humaine, hommage transparent au Dante de la Divine Comédie, en même temps que prodigieuse déclaration d’intention, est imprimé pour la première fois en juillet 1842, au frontispice de la première édition de ses œuvres complètes… encore en gestation.

Tel quel, le projet général vient structurer les « Études sociales » faites ou à faire, donnant à ces fictions dispersées, voire inachevées, lancées tantôt dans la librairie tantôt dans la presse, le cadre visionnaire qui leur manquait. Balzac se souvient du jeune homme qu’il a été à son arrivée à Paris, auditeur assidu et fasciné des leçons de Geoffroy Saint-Hilaire au Muséum d’histoire naturelle, et c’est à cette taxinomie qu’il emprunte l’un des postulats qui vont hausser le roman à son amplitude nouvelle de genre global : l’idée d’une « unité de composition » rassemblant dans leur diversité les « espèces sociales » et permettant leur description, au même titre que Buffon avait pu entreprendre de peindre les espèces animales.

Le célèbre Avant-Propos par lequel Balzac porte un regard rétrospectif sur son œuvre, en explique le dessein ambitieux et en justifie l’organisation nouvelle, fait d’autre part révérence au génie de Walter Scott, sans lequel l’autre donnée constituante de l’Homme, qui en effet n’est pas seulement Nature mais aussi Histoire, n’aurait pu trouver sa pleine reconnaissance dans le roman : c’est le romancier anglais, qui a su élever « à la valeur philosophique de l’histoire le roman », qui fournit à Balzac l’autre postulat, celui d’une écriture totale brassant tous les niveaux de réalité, de langue, de style. Parce que philosophe et poète et idéologue (« J’écris à la lueur de deux Vérités éternelles : la Religion, la Monarchie. »), le romancier peut être ce Dante moderne, « secrétaire » de la société française comme le poeta soverano l’avait été de la société spirituelle, comme lui austère et brutal, lyrique et amer, comme lui, voyant.

L’œuvre, dès lors munie de ce monumental cahier des charges, ne cesse de s’enrichir, à un rythme et sur un pied qui ne laissent pas d’étonner et qui ont été en réalité proprement mortels. La Rabouilleuse et les Mémoires de deux jeunes mariées en 1842, le chantier de Splendeurs et Misères des courtisanes dès 1843, l’achèvement des Illusions perdues en 1843, et encore, peut-être surtout, le duo quasi testamentaire de la Cousine Bette et du Cousin Pons, les Parents pauvres de 1846-1847 : parmi tant d’autres que l’on pourrait citer, ces chefs-d’œuvre balisent le travail d’occupation des sols que le « forçat » accomplit et précise toujours davantage, comme au moment de la réorganisation prévisionnelle de 1845.

Il y aura donc trois niveaux de construction et de perception de l’ensemble : les Études de mœurs, qui sont le socle, subdivisées en « Scènes de la vie privée », « Scènes de la vie de province », « Scènes de la vie parisienne », « Scènes de la vie politique », « Scènes de la vie militaire », « Scènes de la vie de campagne », de manière à fournir « le miroir de la vie humaine, les vanités, les vices, les oppositions, les conflits des sexes dans le monde » ; au-dessus, les Études philosophiques, qui permettront de remonter des effets aux causes, et enfin les Études analytiques, qui iraient elles-mêmes des causes aux principes, sans compter cette sorte de paraphe suprêmement ironique qu’un « chapeau » de Contes drolatiques viendrait poser sur le tout. Soit : le spectacle, puis les coulisses, enfin l’auteur, dit Balzac — qui dresse son énorme machine à lire le théâtre du monde contre les complaisances de la « littérature industrielle » et son bras armé, le roman-feuilleton, qu’il va s’agir moins pour lui d’ignorer que de subvertir et d’investir dans cette guerre totale où se joue l’avenir même de l’écriture.

 À pareille guerre, Balzac va être la victime majuscule. « En somme, voici le jeu que je joue. Quatre hommes auront eu une vie immense : Napoléon, Cuvier, O’Connell et je veux être le quatrième. Le premier a vécu la vie de l’Europe ; il s’est inoculé des armées ! Le deuxième a épousé le globe ! Le troisième s’est incarné un peuple ! Moi, j’aurai porté une société tout entière dans ma tête. », écrit-il à Mme Hanska en 1844. C’est assez dire que cette immensité de vue se paye cher : épuisement, maladie, équivoque, déni lui font une vieillesse précoce et ravagée. Une réputation qui n’arrive pas à faire pièce aux triomphes qui saluent un Eugène Sue, une reconnaissance que lui refuse (1849) une Académie française qu’il s’était pourtant juré d’emporter « à coups de canon », une prétendue Mme de Brugnol, servante-maîtresse, qui occupe la vie du géant en l’absence de l’Étrangère de 1840 à 1847, un amour, surtout, qui se réalise trop tard : Mme Hanska, veuve depuis 1841, hésite, avant d’accepter le compagnonnage de Balzac. Voyages (Saint-Pétersbourg en 1843, l’Europe en 1845-46), un enfant attendu dans l’exultation mais mort-né (1846), deux mois volés sur « l’enfer » ensemble à Paris, rue Fortunée (aujourd’hui rue Balzac), où Balzac dépense des fortunes qu’il n’a pas, enfin la permission de l’Ukraine, à la fin de 1847 et encore en 1850, avec le mariage (« J’ai épousé la seule femme que j’aie aimée ») qui arrive à un moribond épuisé de crises cardiaques.

Balzac meurt le 18 août 1850, porté par une foule immense au cimetière du Père-Lachaise. « L’empereur » est mort, vive l’empereur ! — c’est Hugo, sensible à la ressemblance du masque mortuaire de Balzac avec celui de Napoléon qui, depuis longtemps désigné à cette charge, reprendra le roman et la littérature là où Balzac les a laissés pour les mener jusqu’aux Misérables.

Toute la société de la Révolution, de l’Empire, de la Restauration et de la monarchie de Juillet est représentée dans la Comédie humaine, à travers la déclinaison de toutes les classes sociales, comme toutes les passions et intérêts de l’humanité le sont à travers l’inventaire de toutes les situations dramatiques. C’est le « type », individualité signifiante, qui sert d’outil à cette orchestration inséparablement historique et philosophique : inoubliables, le « lion » cynique, la femme sans cœur, la putain amoureuse, le bandit sauvage, etc., marquent un romanesque de l’énergie et du don, où la création dans tous ses états — concentration et abnégation —, dans tous ses avatars — ascension ou déchéance —, trouve son allégorie.

Débarrassé de l’insuffisante étiquette du réalisme et des mauvais procès régulièrement faits à cette œuvre-monstre, à ses principes prétendument « clichéiques » comme à son écriture soi-disant relâchée, c’est le Balzac de Baudelaire ou de Proust qui s’impose, un Balzac visionnaire, à la fois transporté jusqu’à la voyance et ravagé jusqu’à l’aveuglement par l’énormité de sa vision même, définitivement libre et immense.

 

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